Près de cinq ans après l’assassinat du président Jovenel Moïse le 7 juillet 2021, la quête de justice est à un tournant majeur. Pendant que la justice américaine touche à sa fin, le système judiciaire haïtien, lui, tente de se remettre en marche. Voici un point complet sur la situation aujourd’hui.
Le cœur du procès se trouve à Miami
Après des années de reports, le procès fédéral de quatre hommes accusés d’avoir planifié l’assassinat a débuté le 9 mars 2026 à Miami. Les accusés sont Arcangel Pretel Ortiz, Antonio Intriago, Walter Veintemilla et James Solages, poursuivis pour avoir conspiré en Floride dans le but d’enlever ou de tuer l’ancien président haïtien. Un cinquième suspect, Christian Emmanuel Sanon, qui était censé remplacer Moïse à la présidence, sera jugé séparément pour des raisons médicales.
Ces quatre hommes, qui risquent la prison à vie, ont tous plaidé non coupable. Leurs avocats plaident aujourd’hui qu’ils ont été manipulés et qu’ils n’ont fait que suivre un plan visant à arrêter légalement le président.
Un jury a été sélectionné sur place, composé de 12 jurés, dont huit femmes.
Les révélations marquantes du procès
- Le témoignage glaçant de Martine Moïse : L’ancienne Première Dame a raconté la nuit de l’attaque avec émotion. Elle a rapporté les derniers mots de son mari : « Chérie, nous sommes morts ». Grièvement blessée au bras, elle a décrit l’attaque menée par des hommes parlant espagnol. Elle a également témoigné craindre pour sa vie si elle retournait en Haïti.
- Les défaillances de l’enquête : Un agent spécial du FBI a reconnu à la barre qu’aucune empreinte digitale n’avait été relevée sur les lieux du crime et qu’aucun ADN n’avait été prélevé parmi les preuves conservées par la police haïtienne. L’autopsie n’a été réalisée que trois jours après les faits, et le corps du président n’a pas été localisé par les enquêteurs durant cette période.
- Des financements bien établis : Le procès a révélé que le complot a coûté environ 343 000 dollars, alimenté par un système complexe de prêts et de financements via des entreprises américaines.
- Un complot qui aurait dû être un simple coup d’État : Un avocat équatorien a admis avoir rédigé un faux mandat d’arrêt pour justifier l’opération. Initialement pensée comme une transition politique, l’opération a mal tourné, menant à l’assassinat.
Et en Haïti, où en est-on ?
Parallèlement, des avancées notables ont eu lieu en Haïti ces derniers mois :
- En octobre 2025, la Cour d’appel d’Haïti a rouvert l’enquête nationale, annulant un acte d’accusation controversé et nommant un sixième juge d’instruction pour reprendre le dossier.
- Le 31 mars 2026, Jean Laguel Civil, le chef de la sécurité du président au moment de l’assassinat, a été arrêté pour son implication présumée dans le complot.
- Malgré cela, la justice haïtienne reste un parcours du combattant. En raison de l’« ingérence politique », de la corruption et des menaces de mort, cinq juges se sont déjà succédé sur cette affaire, sans résultat.
- Près de vingt suspects, dont 17 soldats colombiens et trois responsables haïtiens, font toujours face à des accusations en Haïti.
Les zones d’ombre et les défis à venir
Malgré toute cette lumière, la partie la plus importante du puzzle reste manquante. À ce jour, le ou les commanditaires intellectuels qui se cachent derrière cet assassinat n’ont pas été clairement identifiés.
En Haïti, des figures clés impliquées dans l’assassinat, dont un ancien fonctionnaire très recherché par la justice, n’ont jamais été interrogées par les autorités américaines. Les avocats de la défense ont souligné, sans susciter de réponse claire de l’accusation, que son audition aurait pu clarifier qui a réellement bénéficié de la mort du président.
Conclusion
Le procès de Miami touche aujourd’hui à sa fin, avec la promesse d’une première condamnation aux États-Unis. Mais en Haïti, la route vers la justice est encore longue. Si la lumière a été faite sur plusieurs exécutants, le mystère des commanditaires reste l’un des plus grands défis pour la stabilité d’un pays ravagé par les gangs et l’instabilité depuis la mort de son dernier président élu.
Nous suivrons de près l’évolution de ce dossier historique pour la Caraïbe et vous tiendrons informés.
