Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, l’ordre mondial a basculé. Les États-Unis ont abandonné toute prétention d’être un hégémon bienveillant. Washington a plutôt adopté une attitude ouvertement prédatrice. Le message est clair : la loi du plus fort est la seule qui compte.
Dans ce contexte, la doctrine américaine ne consiste plus seulement à projeter sa puissance — elle vise à imposer sa volonté aux plus faibles. Qu’il s’agisse de taxes douanières ou de sanctions unilatérales, les États-Unis créent de multiples crises pour la souveraineté nationale, y compris pour leurs alliés stables. Mais pour un pays déjà plongé dans un chaos permanent — comme Haïti — cette nouvelle posture américaine n’est pas qu’un problème politique. C’est une menace existentielle.
Alors, quelle est la bonne attitude pour une petite nation fragile comme Haïti ? Comment assurer sa survie quand le « gros requin » tourne en rond, non pas pour aider, mais pour dominer ?
Vous ne nagez pas plus vite que le requin. Vous changez les courants.
Voici cinq propositions précises et sans concessions pour qu’Haïti survive à ce moment — même s’il faut défier Washington.
1. Abandonner l’illusion du « sauvetage » et rejeter les mauvais accords
Pendant des décennies, les élites haïtiennes ont compté sur une formule fatale : crise + intervention américaine = chèques de l’USAID et casques bleus. Cette époque est révolue. Dans l’Amérique de Trump, l’aide a toujours un prix politique — généralement la souveraineté.
La proposition : Haïti doit refuser publiquement toute nouvelle intervention sécuritaire qui ne s’accompagne pas d’un mandat contraignant et limité dans le temps, approuvé par l’Assemblée générale des Nations unies, et non pas seulement par le Conseil de sécurité (où les États-Unis ont un droit de veto). Si les États-Unis offrent une « action rapide » en échange du contrôle des ports haïtiens ou des ressources naturelles, dites non. La survie commence par le refus de devenir un État vassal en échange d’une aide temporaire.
2. Armer la diaspora comme un corps diplomatique parallèle
Les États-Unis voient Haïti comme faible parce qu’il n’a pas de levier économique. Mais Haïti possède un atout que les États-Unis respectent : sa diaspora qualifiée et riche en liquidités. Près de 1,5 million d’Haïtiens vivent aux États-Unis, envoyant chaque année des milliards de dollars chez eux.
La proposition : Lancer un « Fonds souverain de la diaspora ». Au lieu de mendier des prêts à Washington, l’État haïtien devrait créer des obligations exonérées d’impôt vendues exclusivement à la diaspora. En échange, accordez aux membres de la diaspora le droit de vote et une représentation parlementaire. Lorsque les États-Unis font pression sur Haïti, le gouvernement peut mobiliser la diaspora pour faire pression sur ses propres élus, poursuivre l’administration ou organiser des boycotts économiques contre les districts de Floride qui soutiennent des politiques anti-haïtiennes. Retournez l’estomac du requin contre lui-même.
3. Jouer agressivement la carte du monde multipolaire
Les États-Unis sont le pays le plus puissant, mais ils ne sont plus la seule puissance. La Chine, la Turquie, la Russie et même les pays du Golfe cherchent des points d’appui près des Amériques.
La proposition : Inviter des partenaires non traditionnels à investir dans les infrastructures haïtiennes — ports, énergie, agriculture — mais à des conditions strictes. Confiez à la Chine un contrat pour moderniser le port du Cap-Haïtien. Laissez des entreprises turques gérer la sécurité de l’aéroport. Diversifiez la présence étrangère afin qu’aucune puissance unique (lisez : les États-Unis) ne puisse étrangler économiquement Haïti. Ce n’est pas une trahison ; c’est la stratégie de survie classique des petits États, de Singapour aux Émirats arabes unis.
4. Décentraliser la survie au niveau du « lakou »
Le gouvernement central, à Port-au-Prince, est un otage des gangs et des pressions étrangères. La véritable résilience haïtienne a toujours existé dans le lakou — le système traditionnel des cours rurales.
La proposition : Reconnaître officiellement des conseils communaux décentralisés comme les unités principales de la sécurité alimentaire et de la justice. Créez une « monnaie de résilience » parallèle (un bon numérique ou papier adossé à des coopératives agricoles locales) qui contourne le dollar américain et la gourde haïtienne. Si Washington gèle demain les avoirs de la banque centrale, le lakou doit encore pouvoir se nourrir lui-même. Une nation qui peut produire sa propre nourriture et juger ses propres différends ne peut pas être entièrement dominée.
5. Utiliser la défi ance comme moyen de dissuasion
Les petits pays croient souvent que l’obéissance apporte la clémence. Dans le monde de Trump, c’est l’inverse. Les États-Unis respectent la force et punissent la faiblesse. Haïti est déjà dans le chaos — il n’a plus rien à perdre en s’inclinant.
La proposition : Former une « Alliance pour la survie des petits États » avec d’autres nations négligées (par exemple, le Nicaragua, Cuba, la Palestine, le Yémen). Coparrainez publiquement une résolution à l’OEA déclarant que « la coercition économique contre un État en déliquescence est un crime contre l’humanité ». Lorsque les États-Unis protestent, amplifiez la voix. Faites d’Haïti le casse-tête diplomatique qui n’en vaut pas la peine. Un requin attaquera un poisson blessé. Il réfléchira à deux fois avant d’attaquer un poisson blessé qui a appris à crier assez fort pour attirer d’autres requins.
Conclusion : l’heure de la décence est révolue
Haïti ne peut pas survivre aux quatre prochaines années en étant poli, reconnaissant ou plein d’espoir. Les États-Unis sous Trump ont été clairs : les forts font ce qu’ils peuvent, et les faibles subissent ce qu’ils doivent.
La seule question pour Haïti est la suivante : souffrirez-vous en silence comme une colonie, ou vous battrez-vous de manière asymétrique comme une nation qui a déjà survécu à l’insurvivable ?
Défiez le requin. Non pas avec des armées, mais avec la stratégie. Non pas avec la colère, mais avec l’architecture. Le requin s’attend à ce que vous vous noyiez. Prouvez que le petit poisson peut apprendre à naviguer sur le récif — même quand l’océan est en feu.
Nota bene – Rédaction de la RTCH
La présente publication n’a pas vocation à apporter des solutions définitives. La rédaction de la RTCH se contente de proposer des idées afin de stimuler la réflexion des acteurs politiques, en manque d’inspiration, dans le contexte des élections à venir.
La RTCH ne revendique aucune solution absolue. Elle croit simplement que du choc des idées jaillit la lumière.
